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Comment les nouvelles technologies changent nos modes de consommation ?

Publié le 11 septembre 2017

Yann Rivoallan, co-fondateur de The Other Store et intervenant à l’IMM Paris, partage sa vision du e-retail et de ses nouveaux enjeux.

Un mot pour commencer sur The Other Store ?

David Sobel et moi avons créé The Other Store il y a neuf ans. Notre mission est d’accompagner les marques dans les nouveaux modes de consommation. Au lancement, nous avions pour objectif de développer l’e-commerce de marque, sur un périmètre 360 : création site, logistique, service client, publicité en ligne, photographie de produits. Depuis, nous avons développé d’autres compétences en parallèle des innovations technologiques avec les market places ou encore l’omni-canal.



Le secteur de la mode et du luxe est-il un secteur différent à traiter en termes de e-commerce ?

Oui, car ce sont des marques inspirationnelles qui font appel à tous les sens, aux émotions grâce notamment à la beauté des boutiques et à la qualité du toucher des produits. Il est complexe de retranscrire ceci sur le digital qui est par définition un espace froid. Dans ce milieu, on ne peut pas faire rêver sur un produit comme on peut le faire avec des photos dans le domaine du voyage. Pour retranscrire ces émotions (le toucher, l’odorat, la façon de porter un vêtement) à travers un écran, il ne faut surtout pas essayer de reproduire ce qui existe en boutique. Les marques doivent tirer parti de l’une des forces du digital avec la création des communautés de fans et leur engagement. Elles peuvent ainsi recréer de l’émotion et de l’humain à partir des avis des clients, des photos de produits portés par les consommateurs ou encore un service client dans lequel interviennent les acheteurs.

Quels sont les enjeux des marques aujourd’hui ?

La question prédominante est de savoir comment gérer un omni-canal parfait avec une personnalisation complète de son e-shop. Le métier de vendeur est en train de changer, les clients ayant la plupart du temps plus d’informations sur les produits que le professionnel. Les tablettes ne sont qu’un début pour faire progresser les boutiques en termes de services et de logistique. Il reste encore beaucoup à faire pour développer les métiers de la vente.

Et demain, quels seront les chantiers à mener ?

Il y a plein d’hypothèses à ce sujet car le digital va très vite. Quand on détecte un potentiel, il faut se pencher dessus rapidement pour prendre de l’avance. Je pense notamment à l’intelligence artificielle avec le développement de bots pour gérer le service client à la place des humains. Une des options peut aussi se situer au niveau des assistants vocaux comme Alexa d’Amazon. La problématique des marques sera alors de trouver comment être bien référencé sur cet outil dans les prochaines années. Enfin, Facebook devenant un concurrent du Bon Coin avec Facebook Market, les marques seront concurrencées par leurs propres consommateurs et devront trouver un moyen de travailler avec leur communauté pour continuer à vendre.

D’après vous, sont-ce les nouvelles technologies qui ont changé nos modes de consommation ou bien l’inverse ?

La technologie ne fait que reproduire les habitudes et traditions qui existent depuis des années. Le digital va toutefois leur donner du volume, une scalabilité plus importante. Par exemple, les ventes privées existaient bien avant le site ventes-privées.com et concernaient une clientèle bien précise. Le site a simplement cassé cette première digue pour en faire bénéficier un plus grand nombre, généralisant les ventes privées. De même, le troc existait bien avant le Bon Coin et Facebook Market. C’est la façon de fonctionner qui est différente. Avant, nous faisions les choses gratuitement comme donner nos vêtements ou prendre un voyageur en stop. Aujourd’hui, nous nous sommes rendus compte que nous pouvions gagner ainsi un peu d’argent. La monétisation de ces échanges et l’augmentation de son volume ont alors amené à une nouvelle façon de consommer. En revanche, il est vrai que certaines innovations technologiques vont changer profondément dans les dix ans à venir notre façon de vivre.

A quelles technologies pensez-vous ?

Il y en a plusieurs mais nous pouvons prendre comme exemple la voiture autonome et l’imprimante 3D.

1) La démocratisation de la voiture autonome va complètement changer notre manière de nous déplacer et par conséquent la logistique des boutiques. Grâce à ces nouveaux véhicules, nous pourrons nous déplacer plus facilement dans n’importe quelle boutique sans se soucier du parking (une des principales problématiques lors des déplacements en centre-ville). Ou, au contraire, la voiture autonome nous permettra d’aller chez nous plus rapidement et favorisera l’achat en ligne. Je ne sais pas quelle option sera la plus privilégiée.

2) Quant à l’imprimante 3D, elle est aujourd’hui plus utilisée dans le B to B sur des marchés très professionnels comme le dentaire mais elle peut changer la consommation d’un certain nombre d’objets au quotidien comme dans le secteur de la distribution.